Chroniques·Livres

« Le Grand Jeu » : aucune empathie

Céline Minard est une auteur qui s’est fait connaître grâce à son roman « Faillir être flingué », roman que je n’ai pas lu pour le moment mais qui est dans ma PAL depuis sa sortie. J’ai donc à l’occasion de la rentrée littéraire découvert son nouveau roman « Le Grand Jeu » (cf. article).

Installée dans un refuge high-tech accroché à une paroi d’un massif montagneux, une femme s’isole de ses semblables pour tenter de répondre à une question simple : comment vivre ?
Outre la solitude, elle s’impose un entraînement physique et spirituel intense fait de longues marches, d’activités de survie, de slackline, de musique et de la rédaction d’un journal de bord. Saura-t-elle « comment vivre » après s’être mise à l’épreuve de conditions extrêmes, de la nature immuable des temps géologiques, de la brutalité des éléments ? C’est dans l’espoir d’une réponse qu’elle s’est  volontairement préparée, qu’elle a tout prévu.Tout, sauf la présence, sur ces montagnes désolées, d’une ermite, surgie de la roche et du vent, qui bouleversera ses plans et changera ses résolutions…

Ce roman, je ne l’ai pas apprécié. J’ai même envisagé de l’abandonner…

Car oui, j’ai lu ce roman en entier mais j’ai failli l’abandonner au bout des cinquante premières pages. Pourtant le thème me plaisait beaucoup et me faisait imaginer un roman bien meilleur que ce que j’ai lu.

J’ai tout d’abord eu du mal avec le vocabulaire employé, très axé randonnée/alpinisme. En effet, on assiste à un étalage de descriptions alambiquées, denses et abstraites de la « montagne » (j’entoure ce mot de guillemets car au final je ne suis même pas sûre de ce que c’était), de son matériel, de comment elle procède pour ses explorations, de ce qu’elle voit etc. Tout cela m’a paru très long, ennuyeux et plat…
Ajouté à ce champ lexical une réflexion existentielle qui parcourt tout le texte. La narratrice, dont on ne connaît même pas le nom de tout le bouquin, se pose des questions philosophiques avec des thèmes comme la menace, la promesse, l’autorité etc. dans le seul but de savoir si elle peut vivre heureuse en autarcie, hors de la société, hors du jeu ; ce qui en soit est une question intéressante ! Pour ce fait, elle évoque les autres mais n’en parle qu’en ces termes : « [des] ingrat[s], [des] envieu[x], [des] imbécile[s] ». Cette phrase apparaît plusieurs fois dans le texte et montre assez le mépris qu’elle éprouve.
Céline Minard nous a construit un personnage qui s’estime au dessus de la norme, très intelligente mais qui est surtout à nos yeux – les miens en tout cas – pédante et méprisante. Je me serai accrochée à ce texte si seulement il y avait eu plus d’humanité de la part de la narratrice, et qu’elle ne nous avait pas fait avaler cette analyse scientifique, clinique des choses qui l’entouraient.

J’allais m’arrêter lorsque soudain est apparu un autre personnage : une espèce de nonne vêtue d’un sac en laine. Alors j’ai continué, je me suis dit que cette femme allait casser la routine linéaire et étouffante du texte. Et bien non, c’est même devenu complètement bizarre à partir de son apparition. Je ne vais pas passer par quatre chemins : pour moi cette femme n’existe pas. La narratrice abuse d’alcool et d’herbe alors en voyant la suite des « événements », je n’ai pu conclure qu’à ça… Parce que je n’arrêtais pas de me dire : «Mais, what the fuck… ? ». Tout devient abstrait, imagé voire carrément hermétique.

En résumé, j’ai vite déchanté en lisant « Le Grand Jeu » de Céline Minard. Je me suis retrouvée irritée, déçue et vraiment perdue. Car en utilisant le prétexte de l’ascèse et de la survie en autarcie – ce qui était de base une bonne idée, l’auteur nous a inventé un personnage qui n’est pas authentique et pour lequel on ne ressent aucune empathie ; qui nous laisse perplexe et fatigué à cause du mépris qu’elle ressent pour son semblable. Tout est plat et ennuyeux dans ce roman. Chaque action, chaque événement est un appel à une logorrhée scientifique imbuvable… Le personnage de la nonne aurait pu remonter le « niveau » mais c’était sans compter le fait que la suite devient hermétique à souhait.

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