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Le carnaval des illusions : magique mais lucide !

Je vous le dis tout de suite, ce roman a été un véritable coup de cœur ! Un roman sensible, riche, amoureux du Brésil et de sa culture, le tout enrobé de violence et de passion amoureuse. Ajouté à cela une plume qui nous transporte, qui nous fait dévorer le roman à toute vitesse et vous avez là « Le carnaval des illusions » de Jo Rouxinol !

Plongée dans l’agitation d’un établissement scolaire, Eva fait ses premières armes dans l’enseignement en tant que surveillante. Elle se concentre sur le quotidien, parfois brutal, pour s’extraire d’un passé douloureux et s’empêcher de partir à la dérive. Mais le souvenir de son immersion au cœur d’une favela brésilienne continue de l’obséder bien après son retour à Paris. Avant, après, ici, là-bas, la jeune Eva navigue à vue entre ses identités multiples et nous entraîne dans un monde foisonnant de vie, jusqu’à ce que l’envers du décor impose sa sombre réalité et balaie ses illusions.
Des bidonvilles cariocas aux banlieues françaises, elle affronte une violence sans frontières qui la mènera au bout de la quête d’elle-même.

Comme dit précédemment j’ai lu cette histoire d’une traite ! Je ne pensais pas avoir un coup de cœur pour ce roman mais au final je me suis laissée bercer par l’écriture de l’auteur, emplie de nostalgie, d’amour et en même temps de lucidité sur ce pays qu’est le Brésil. Jo Rouxinol le décrit si bien qu’elle a réussit à me donner envie d’y aller et de découvrir les endroits et la musique qu’elle évoque dans son livre ! Son amour pour le Brésil est si évident, on le ressent à chaque fois que l’on remonte dans les souvenirs d’Eva, qu’on imagine presque l’auteur visiter le lieu en même temps que notre lecture. En fait, c’est tellement vivant que j’en suis restée bluffé !

J’ai lu cette histoire pendant les J.O de Rio 2016 cet été. Et grâce à ce parallèle, j’ai remarqué une autre facette de ce livre. Généralement, on nous parle de constructions de stades, de sécurité, de modernisation et de hausse du niveau de vie grâce au tourisme ; mais Jo Rouxinol, elle, connaît son sujet et révèle les dessous cachés derrière cette « amélioration » : tension entre les forces de l’ordre et les habitants des favelas qui peut aller jusqu’à la violence voire à l’erreur policière ; l’enrôlement des gamins pauvres par les cartels de drogue ;  la transformation des favelas au détriment des habitants pour en faire des favelas « chics » pour des touristes qui veulent s’imprégner du « folklore », etc. Tellement de problématiques pointées du doigt par Jo Rouxinol que ça en deviendrait presque un documentaire ! En tout cas, on a une telle sensation de gâchis pour certains personnages qu’on ne peut ressentir qu’une tristesse infinie. Voilà ce que promet l’auteur si vous avez ce livre entre les mains : un amour immense pour ce pays, mais un amour empreint de clairvoyance, sans illusions.

L’auteur a un deuxième amour, également évoqué dans ce roman à travers son personnage Eva : l’enseignement. Je me demande même si Jo Rouxinol n’est pas prof ou surveillante. Quoi qu’il en soit, j’ai adoré l’immersion dans le collège de la narratrice ! Je me suis revue dans la cour avec mes amies, avec les surveillants – les pions – , la vie scolaire, la CPE, les « bastons » que tout le monde entoure et applaudit… ma jeunesse quoi ! Et là aussi, l’auteur connaît son sujet : le langage de « wesh» des enfants, le cyber-harcèlement, le sort des enfants Roms scolarisés, la pédophilie (le choc en lisant !), le harcèlement scolaire, une sexualité exacerbée de plus en plus tôt, le manque de soutien de l’administration, les profs qu’on ne respecte pas par manque d’autorité, la dépression des professeurs dans un contexte qui n’est plus aussi sécurisant qu’avant etc.  L’auteur nous plonge dans le marasme de l’éducation nationale sans artifices, sans illusions encore une fois !

Le personnage d’Eva, surveillante d’un collège de banlieue, évolue dans les deux tableaux. En effet, l’auteur utilise deux niveaux de narration : l’Eva des souvenirs du Brésil en passant par des flashbacks et l’Eva du présent en tant que surveillante qui essaye tant bien que mal de se remettre de la fin de sa passion amoureuse en passant son CAPES. Ce personnage m’a laissé frustré; on s’attache très rapidement à elle surtout en connaissant son enfance (sa mère, amoureuse du Brésil, si joyeuse, si festive mais décédée avant de réaliser son rêve ; et son absence de père), et en même temps j’avais envie de la secouer dès les premières pages en lui disant de se calmer, d’arrêter de penser à l’autre. Enfin toujours est-il qu’Eva ne s’oublie pas facilement ; la recherche de ses racines la rend touchante mais si fragile qu’on souffre avec elle tout le long du livre…Je ne mentionnerai même pas le prénom de cet homme odieux qui a presque détruit Eva, je le méprise à un tel point ; c’est pour vous dire à quel point ce roman vous prend aux tripes.

En conclusion, Jo Rouxinol a un énorme talent de romancier !  « Le carnaval des illusions » a été un véritable coup de cœur. Je me suis retrouvée prise dans un Brésil magique, empli de musique, de samba, de fêtes et de paysages, le tout si bien décrit qu’on a qu’une envie c’est découvrir le tout par soi-même. Et pourtant, l’auteur ne passe pas sous la trappe la violence, la pauvreté et la drogue qui minent ce magnifique pays. En parallèle de ça, Eva nous ancre dans son quotidien de surveillante d’un collège de banlieue où là aussi l’auteur n’oublie pas de fustiger les problèmes trop souvent rencontrés mais qui restent encore sans solution. J’ai vraiment adoré ces deux tableaux ; l’auteur a su me transporter grâce à une plume musicale et poétique pour le Brésil et crue et mélancolique pour le présent de son héroïne à la fois forte et fragile, touchante, naïve et en même temps perspicace, mais surtout qu’on n’oublie pas ! Un roman à lire absolument !


Un dernier mot pour vous dire de ne pas hésiter à soutenir cet auteur en achetant son livre car les auteurs auto-édités ont besoin de vous pour faire connaître leurs romans ! Vous pouvez en plus la suivre sur facebook, où Jo Rouxinol a eu la bonne idée de nous mettre les musiques qu’elle évoque dans son roman, pour une immersion totale dans son univers. Pour finir, je remercie l’auteur de m’avoir fait confiance et pour m’avoir permis de lire son livre !
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Fatima.

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