Chroniques

« La douleur du silence » – Marie-Béatrice Ledent [auto-édité]

« La douleur du silence » est un livre coup de poing. Un livre semblable à une blessure ouverte, qui fait mal mais qu’on peut soigner. A la fin de ma lecture, c’est l’image qui s’est imposée à moi. Rempli d’émotion, poignant et dont on ne ressort pas indemne, le livre de Marie-Béatrice Ledent mérite un coup de projecteur.

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« A 13 ans, Martine Croin n’est qu’une jeune fille comme les autres. Contrainte de quitter sa ville et son passé pour le bien de la famille, elle s’apprête à découvrir sa nouvelle école. Devant le changement, elle se sent désarmée et s’enferme dans le silence. Mais ses nouveaux camarades de classe la considèrent comme une proie facile. Pour exorciser sa souffrance, Martine va se trouver un dangereux échappatoire… »

Ce livre parle d’un sujet contemporain : le harcèlement scolaire.

Un sujet dont il faut parler encore et encore et encore. Parce que c’est un mal qui existe et qui fait que des jeunes enfants mettent fin à leur vie. Il faut informer et surtout sensibiliser. Et c’est ce que ce roman se propose de faire sous la forme de fiction; en luttant à sa manière.

Avec une écriture simple mais touchante, l’auteur parvient à mettre en lumière un sujet, que je n’ai vu jusqu’à maintenant que sous la forme de témoignage. Malgré les mots simples de tous les jours, malgré les mots parfois naïfs, Marie-Béatrice Ledent retranscrit parfaitement la douleur, la peur et le désespoir de Martine, jeune collégienne qui est la nouvelle de la classe. Et indiscutablement, face à tant d’émotions, face à tant de détresse, on ne peut que compatir voire pleurer à la lecture de ce roman. Je vous avoue de suite que c’est ce qui m’est arrivé. J’ai vraiment été émue à en pleurer; surtout que je venais de lire un autre texte – un témoignage pour le coup – sur le même thème juste avant. Certains passages m’ont fait frissonner de peur, d’angoisse, de colère, si bien que je n’étais qu’une boule d’émotion à la fin de ma lecture.

Là réside la force de l’auteur. Elle a su me faire partager le déchirement de Martine : Martine qui souhaite protéger sa famille, Martine qui en même temps souffre plus qu’il n’est imaginable, Martine qui protège comme elle peut et qui au final n’en parle pas. D’où le titre : la « Douleur du Silence ». Titre que l’on ne comprend vraiment et parfaitement qu’à la fin. Ce n’est pas tant les harceleurs, les profs ou les parents qui tuent, mais le silence. Ce silence qui détruit tout et qui pourrait éviter tellement de drames. La parole pourrait tout changer pour ces personnes victimes de harcèlement scolaire; car elle libère. Et pourtant le silence prévaut, la peur aussi : la peur de se voir comme victime, la peur des représailles, la peur de passer pour un menteur, la peur du jugement etc.

La construction du roman en elle-même est bien exploitée. On alterne entre les points de vue de Martine, de sa mère et même de ses camarades voire de ses bourreaux. Chacun apporte une vision différente du problème. Et parfois la/les solution(s) à certains comportements. Mais ce qui m’a scotché dans ce texte c’est bien la fin ! Je ne m’y attendais absolument pas et j’ai trouvé le procédé très bien trouvé pour un sujet pareil – je ne vais pas vous dire ce que c’est bien sur ! 
Après « La Douleur du Silence » n’est pas exempt de petits défauts mineurs. Premièrement, quelques petites fautes d’orthographe dans le texte. Et deuxièmement, j’ai trouvé en trop – ou peut-être pas nécessaire – , le fait que Fabrice, un des harceleurs de Martine, tombe amoureux d’elle. J’ai trouvé le fait d’avoir été « touché » peu crédible. Lâcher la meute pour ne plus être protéger voire subir les brimades et le harcèlement… pour moi les enfants/ados ne pensent pas comme ça. Après c’est une question de point de vue.

En conclusion, le roman de Marie-Béatrice Ledent est dur. Mais c’est un passage obligé pour comprendre par quoi passent les enfants de nos jours : la peur, la colère, l’incompréhension, la mutilation pour au final se dire que la mort c’est mieux… « La Douleur du Silence » est un livre qui sert une cause juste, qui sert de vecteur pour faire comprendre qu’il faut parler de ça, il faut parler du harcèlement scolaire, qu’on soit victimes, camarades, parents, enseignants, directeurs. Et si on ne le fait pas, chacun a sa part de responsabilités certes, mais au final c’est le silence qui gagne et c’est le silence qui tue. 

Alors lisez-le, parlez-en autour de vous car on en parlera jamais assez : le harcèlement scolaire tue.

Infos pratiques :
La Douleur du Silence – Marie-Béatrice Ledent
Epub (bientôt version papier) / 243 pages / 1.99 euros
Auto-éditée
Pour aller plus loin :
Mon enfant est victime / auteur de harcèlement en milieu scolaire – Catherine Blaya/Marc Dalloz (Editions Soubeyran)
Marion, 13 ans pour toujours – Nora Fraisse (Le Livre de Poche)
14 ans, harcelée – Mathilde Monnet (Mazarine)
Emilie Monk, rester fort (Editions Slatkine&Cie)
Harcelée à l’école, doubles peines – Raphaelle & Isabelle Paolini (La Boite à Pandore)

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