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En attendant Bojangles : un coup de cœur inattendu !

Je vous annonce la couleur dès le départ : « En attendant Bojangles » fut un immense coup de cœur ! Ce premier roman d’Olivier Bourdeaut je l’ai dévoré sans retenue, sans interruption, et je comprends aujourd’hui pourquoi il a gagné de nombreux prix (Grand Prix RTL/Lire, France Culture/Télérama, France Télévision et j’en passe).

Pourtant mon impression première, de loin et selon les dires, ne m’invitait pas à lire ce roman. Tout d’abord à cause de la surenchère au sujet de ce livre. Et oui, j’ai tendance à éviter comme la peste les engouements pour un livre de peur d’être déçue de ma lecture. Et puis la comparaison par la maison d’édition à « L’Ecume des jours » de Boris Vian n’était pas pour me rassurer !  Ne vous y trompez pas, j’adore Boris Vian, sauf « L’Ecume des jours »…

Mais au final, après quelques mois,  je me suis lancée et je ne regrette rien !

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.
Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.

Boris Vian et Olivier Bourdeaut, c’est différent. D’abord par l’écriture ; personnellement, j’ai trouvé la lecture de « En attendant Bojangles » moins hermétique que « L’Ecume des jours ». On a accès au texte, on n’est pas perdu dans l’univers fou et imagé des personnages et on s’y retrouve sans se perdre. C’est ce qui m’avait fait défaut lors de ma lecture du roman de Boris Vian au collège – d’ailleurs heureusement que j’ai dépassé ma déception pour lire ses autres écrits qui m’ont séduits de suite !

Et puis Boris Vian et Olivier Bourdeaut,  c’est semblable. Semblable dans la maladie. L’une atteinte de folie, l’autre d’une maladie au poumon (« le nénuphar »). On en voit les conséquences sur l’entourage, l’enfant et le père, sur le quotidien d’une famille et sur comment il se détériore au fur et à mesure de la gravité de la maladie. Mais aussi semblable dans l’amour. Un amour d’une intense beauté, un amour inconditionnel de l’enfant pour sa mère et d’un mari pour sa femme. L’écriture laisse transparaître cet amour à coup de souvenirs, d’humour, de fêtes et d’amusement perpétuel. Et c’est ça qui est beau. C’est, pour moi, ce qui manquait à Boris Vian qui n’évoquait que l’enlisement dans la maladie, dans la boue, sans joie malgré la peur, juste la maladie et la mort.

En parlant de Boris Vian, j’ai beaucoup aimé le clin d’œil que l’auteur faisait en reprenant un épisode de « L’Ecume des jours » : Chick, l’ami de Colin (le héros et le mari de Chloe, la malade) n’a pas payé ses impôts, préférant conserver son argent pour agrandir sa collection sur son idole le philosophe Jean-Sol Partre. Il subit donc un contrôle fiscal et meurt tué par un policier en les empêchant de tout saisir (sa compagne Alise quant à elle meurt dans les flammes). Quand vous lirez le roman, vous verrez 🙂 .

Un autre point positif de ce roman : l’alternance de points de vue. D’un côté l’enfant qui idéalise sa mère et qui la met sur un piédestal, prenant son exubérance et son petit grain de folie pour de la joie de vivre, de vivre pleinement (même s’il sait qu’il n’est pas dans la « norme », la norme de l’école, des gens etc.) ; et d’un autre côté, le père qu’on entraperçoit grâce à des passages de ses carnets intimes qui nous replacent dans la réalité, dans le concret de la maladie de sa femme, femme qu’il aime, femme qu’il adore et qu’il ne peut s’empêcher de suivre dans la folie pour la soutenir. J’ai vraiment adoré ces passages où le père intervient ; chaque intervention était magnifique d’amour, de promesses et de nostalgie, c’était magique.

J’aimerais également évoqué le titre de ce roman, qui m’a fort intrigué : « En attendant Bojangles », ça me rappelait « En attendant Godot » de Beckett. Or rien à voir. « Mr Bojangles » est une chanson de Nina Simone, assez mélancolique et douce, qui parsème le texte. Cette chanson c’est LA chanson des parents ; leur chanson d’amour, celle sur laquelle ils ne cessent de danser, de se soutenir et de s’aimer. Ecoutez-la, c’est vraiment une très belle musique, et puis Nina Simone quoi 🙂 .

En résumé, « En attendant Bojangles » est une histoire de folie. Malgré cela, ce n’est pas sous le signe de l’enlisement, de la  peur et de la mort comme dans « L’Ecume des jours » de Boris Vian, au contraire ! Cette folie est portée par un personnage plein de fraîcheur, empli de joie qui nous fait sourire de par son côté absurde, extravagant, décalé et complètement loufoque. Mais pour moi la force du livre repose dans l’amour, l’amour d’un enfant pour sa mère et d’un mari pour sa femme, qui acceptent, tout deux, de la suivre dans sa folie pour la soutenir pour le meilleur et pour le pire.

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Fatima.


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5 réflexions au sujet de « En attendant Bojangles : un coup de cœur inattendu ! »

  1. Eh bien! Ta critique donne vraiment envie, d’autant plus que je n’ai pas lu encore « L’écume des jours » (j’ai vu l’adaptation de Gondry que j’avais beaucoup aimé).
    Je le note alors et en plus j’adore la couverture.
    Bisous à toi!

  2. De mon côté, on me l’avait tellement vendu que j’espérais très fort avoir un coup de coeur incroyable. Mais non. Je l’ai adoré, cela dit, mais je crois qu’il me manquait un petit truc, peut-être plus d’anecdotes encore, notamment sur l’avant-folie, peut-être même à travers les notes du père sur l’avant naissance de leur fils. En fait, il était trop court, ça m’a frustrée !

    1. C’est vrai que j’aurai bien aimé avoir plus de notes du père, c’était les plus beaux passages ! Et la fin m’a bouleversé… c’était un bijou court 🙂 !

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